RETROUVER LA "PURETÉ" DE L’INTÉRÊT GÉNÉRAL

15 Mar 2011

Il y a quelque naïveté à faire dépendre le service de l'intérêt collectif de la seule bonne volonté des individus à qui cette responsabilité a été confiée par le vote : là se loge le vrai populisme qui se nourrit du « tous pourris » ou du « la soupe doit être bonne ».


Ce qu'il est convenu d'appeler les « conflits d'intérêts » a récemment cristallisé l'attention générale. Martin Hirsch y a consacré un livre commenté qui a choqué... ceux qui étaient visés. Cela confirme le constat récurrent que lors des périodes « dures » les citoyens demandent des comptes. On en vient donc à douter que les élus se soucient vraiment de l'intérêt général dont ils ont la charge et à penser qu'ils l'oublient au profit de leur intérêt particulier.

 

Au-delà des scandales réels ou supposés, il y a quelque naïveté à faire dépendre le service de l'intérêt collectif de la seule bonne volonté des individus à qui cette responsabilité a été confiée par le vote : là se loge le vrai populisme qui se nourrit du « tous pourris » ou du « la soupe doit être bonne » .

 

Il est donc plus utile de comprendre les mécanismes collectifs (et non pas individuels) qui garantissent que les dérives restent contenues à un niveau acceptable pour une démocratie, la perfection relevant des rêves toujours trahis des systèmes totalitaires. Les électeurs l'ont d'ailleurs bien compris, qui, au moins dans leurs intentions de vote, rejettent autant si ce n'est plus le « système politique » que les individus qui le représentent.

 

Cela se comprend : notre démocratie d'accès, celle dans laquelle on demande à l'élu d'ouvrir des portes vers les lieux de décision, a atteint ses limites. Elle supposait des ressources abondantes à distribuer et le « bon élu » était alors celui qui permettait d'y accéder. On pouvait donc lui pardonner ses écarts, puisque chacun tirait profit de ce système. Mais, dès lors que la ressource se tarit, que l'élu n'a plus guère de prébendes à distribuer, on lui demande d'autant plus de comptes qu'on a le sentiment que lui-même continue à profiter du système antérieur. Et quand ces mêmes élus, désemparés, répondent : « On a toujours fait comme ça », ils oublient que le « comme ça » n'était toléré, que parce que tout le monde y gagnait. Or si c'est fini pour les uns, ce doit l'être pour les autres.

 

D'où la nécessité de passer à une vraie démocratie de représentation dans laquelle le citoyen, à défaut d'obtenir des avantages immédiats, peut espérer que ses intérêts sont vraiment défendus là où ils doivent l'être. Cela implique une réduction du cumul des mandats, toujours promise jamais acquise, une limitation du nombre de ces mandats et, surtout, une évaluation des résultats de l'action publique et de ceux qui en ont la charge, ce que la complexité de notre magma politico-administratif rend aujourd'hui impossible.

 

Elus et hauts fonctionnaires produisant toujours plus de règles et de normes, ce qui donne le sentiment qu'ils font quelque chose, ils noient surtout l'action publique dans une complexité qui rend très difficile une évaluation sérieuse de ce que les uns et les autres ont fait. De ce point de vue, Bercy, et sa capacité à embrouiller de façon définitive ce qui au départ était simple et clair, est un contributeur éminent à l'impossibilité d'évaluer l'action publique et donc ceux qui en ont la charge.

 

La défense de l'intérêt général passe donc par une simplification drastique de nos systèmes de prise de décision. Sait-on que savoir aujourd'hui qui a décidé de ceci ou de cela en matière d'équipements collectifs relève du casse-tête chinois ? Au gré des résultats de nos champions, voici que soudain le système s'emballe, chacun faisant comme son voisin et le pays se couvre tantôt de piscines, tantôt de courts de tennis. Le mimétisme est une garantie puissante que l'on a bien fait puisqu'on a fait comme les autres.

 

Dans ce domaine, les Anglo-Saxons ont compris la nécessité de règles simples, connues de tous, qui permettent d'identifier qui fait quoi et à quel niveau de responsabilité. Il en résulte une identification rapide des responsabilités et une sanction tout aussi rapide des écarts considérés comme inacceptables par la collectivité.

On voit bien que la défense de l'intérêt général résulte alors bien plus de la simplicité du système de décision et des règles qui le régissent, que de la bonne volonté des hommes qui en ont la charge. Elle est bien davantage le résultat d'un fonctionnement qu'une question de moralité.

 

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