PAYS ÉMERGENTS : UN NOUVEAU MODÈLE SOCIAL

29 Nov 2011

 

Nous ne percevons aujourd'hui les pays émergents que comme une menace sur nos emplois, conséquence d'une concurrence dite « déloyale » par les coûts salariaux, ou au mieux, dans cette période difficile, comme un moyen de refinancer nos entreprises ou nos Etats.

 

Ce faisant, nous passons à côté de la caractéristique la plus intéressante de ces pays : leur capacité à faire bouger leur société de façon rapide et positive, à la fois pour leurs entreprises et pour leurs citoyens.

 

La croissance exponentielle de leur marché intérieur amène les entreprises de ces pays à ne pas hésiter à se lancer dans telle ou telle activité, même si elle ne fait pas partie de leur portefeuille initial. La réflexion stratégique n'est sans doute pas très élaborée du point de vue occidental, mais la façon de faire est efficace. Cela induit un besoin de main-d'oeuvre - surtout qualifiée -toujours croissant, auquel l'Etat seul ne peut faire face, ne serait-ce qu'en raison de ces lourdeurs dont nous n'avons pas l'apanage. Dès lors que le travail n'est pas perçu par les entreprises comme une contrainte ni un risque auxquels l'automation à outrance permet d'échapper, ce qui est le cas de la France en particulier, former - ou aider à se former -les hommes et les femmes devient une priorité absolue.

 

Les entreprises savent que plus elles participeront à cette révolution sociale et mieux elles seront à même de couvrir leurs propres besoins. Pour le dire autrement, dans ceux de ces pays qui sont démocratiques - l'Inde ou le Brésil par exemple - se crée une véritable communauté d'intérêts entre la société prise dans son sens large, les entreprises les plus dynamiques et les salariés existants ou potentiels.

 

En même temps, il n'est pas naïf de dire que se développe ainsi le sentiment de faire partie d'une aventure collective, dont le seul but n'est pas d'accroître la rentabilité financière au profit d'actionnaires incertains. Cette aventure est positive, elle entraîne chacun de ceux qui y participent dans un jeu gagnant-gagnant et leur donne le sentiment que leur propre développement est la condition de la progression de la société dans son ensemble.

 

On comprend alors que ce qui fait la force de ces pays, ce n'est pas seulement la réduction des coûts de main-d'oeuvre, même s'il est indéniable qu'elle joue un rôle à court terme. C'est aussi que, en leur sein, la fameuse « quête de sens » qui hante nos sociétés développées et qui conduit à tous les phénomènes de retrait du travail que nous observons n'a pas lieu d'être. Ce sens existe de facto dans ce que les acteurs font, pour leur bien certes, mais pour celui de tous aussi. Il n'y a pas ou peu de dissociation entre l'individu et les entités auxquelles il appartient, entreprise ou nation. Là où nous avons développé une coercition aussi bureaucratique qu'inefficace, ces pays neufs profitent autant qu'ils le peuvent de l'atmosphère positive et confiante dans laquelle baignent le travail et les rapports sociaux, entretenue par la croyance étayée qu'on ne réussit pas contre les autres, mais avec les autres.

 

Toutes les objections à ce tableau sont possibles, surtout de la part de ceux qui ne voient dans les sociétés qu'une suite de chiffres. Mais, derrière (devant devrais-je dire) ces chiffres, se construit bon an mal an un modèle social original et positif. L'avenir de ces pays dépend de leur capacité à le garder et à le faire vivre, dès lors qu'eux-mêmes ne manqueront pas d'affronter des turbulences. On ne saurait trop leur conseiller de comprendre très vite qu'il constitue un de leurs « avantages compétitifs » décisifs et qu'il doit être géré avec autant de soin que la modernisation des infrastructures, dont il est d'ailleurs une des garanties de bonne fin.

 

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